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mardi 13 juin 2017

CHICAGO/ The Blues Yesterday/ Volume 20

CHICAGO/ The Blues Yesterday/ Volume 20

           
Ouvrons ce 20 ème volume de notre série "Chicago/ The Blues Yesterday" avec Jo Jo Williams le plus connu des bluesmen ici présents. Né le 7 octobre 1923 à Coahoma (Ms), fils d'un employé des chemins de fer, Joseph Eginger Williams a connu Son House et Willie Brown, a vécu ensuite à Memphis où, fréquentant les théâtres et les clubs de Beale Street, il apprend la guitare vers 1942 et gagne Chicago bien décidé à vivre de sa musique. Il forme son propre groupe les Blues Rockers, fait partie du Muddy Waters Junior Band, tourne en Californie avec Little Walter puis s'installe à Minneapolis où il animera la scène du blues avec Lazy Bill Lucas et Mojo Buford durant des années, enregistrant en sideman et sous son nom la poignée de titres ici rassemblés. Il décède à Minneapolis le 16 juin 2010, une figure éminente de la scène locale du blues.


            Nombre de groupes se sont nommés Chicago All Stars. Celui-ci est l'agrégation de vétérans de la scène du blues et du jazz de Chicago - le trompettiste Johnny Morton, les saxophonistes Sugarman Penigar et Oett "Sax" Mallard et le batteur omniprésent Armand Jump Jackson - qui après la guerre ont formé un ensemble de R&B qui a connu un certain mais bref succès à la fin des années 1940.

            Clara Morris (c. 1921 - 2007) est une superbe chanteuse d'inspiration immanquablement rurale qui, hélas, ne nous laisse qu'une très belle séance de 1941 dans laquelle elle est accompagnée de Lonnie Johnson et Blind John Davis. Elle a encore enregistré quelques mois plus tard avec Big Bill Broonzy une séance demeurée inédite. Comme beaucoup, sa carrière a été définitivement interrompue par la guerre. Elle semble s'être mariée avec un certain Mr Proctor et est décédée à Lake Forest (Illinois).

            Enfin, le chanteur Frank Butler (à ne pas confondre avec le batteur de jazz du même nom) a émargé à la scène de Chicago dans les années 1955-70, enregistrant une poignée de 45t pour de petits labels comme Chief, Space Age ou Great Scott, ses derniers morceaux montrant une évolution très nette vers la Soul. Je ne connais rien de sa vie et tous renseignements seront les bienvenus.

                                                                       Gérard HERZHAFT

Tous nos remerciements à Steve Wisner et Sir Shambling pour leur aide.

            Let's open this 20th opus of our "Chicago/ The Blues Yesterday" series with Jo Jo Williams, certainly the most well known artist of this comp. Born in Coahoma on 7th October 1923, Joseph Eginger Williams is the son of a railroad employee. At an early age, he has met Son House and Willie Brown, lived as a teenager in Memphis where, under the influence of the local Beale Street acts, he learned to play the guitar around 1942 and left to Chicago, well determined to make a living out of his music. He formed his own band, The Blues Rockers with which he recorded a handful of singles under his own name, was a staunch member of the Muddy Waters Junior Band, toured the West Coast with Little Walter... During the 1960's Jo Jo went to live to Minneapolis where alongside Lazy Bill Lucas and Mojo Buford he would be a revered figure of the local blues scene. Jo Jo died in Minneapolis 16 June 2010.

            Several groups named themselves Chicago All Stars. This one here is the temporary aggregation at the end of the 1940's of Chicago blues and Jazz veterans, namely trumpet player Johnny Morton, saxophonists Oett "Sax" Mallard and Sugarman Penigar as well as the ubiquitous drummer and bandleader Armand "Jump" Jackson.

         
Clara Morris (c. 1920-2007) is a first rate singer with a strong rural feel who, unfortunately, leaves only one striking 1941 session backed by Lonnie Johnson and Blind John Davis. She will record another session a couple of months later, this time with Big Bill Broonzy, that never was issued. Like many, her career has been cut short by the war and to our knowledge she never recorded again. She married to a Mr Proctor and died at Lake Forest, Illinois.

            At last, powerful singer Frank Butler (not to be confused with the jazz drummer of the same name) has been present on the Chicago blues scene during the years 1955-70, recording a handful of 45s for small local labels like Chief, Space Age or Great Scott, the last tracks in a more Soul vein. I unfortunately don't know anything more about his whereabouts and every piece of information would be most welcome.

                                                                       Gérard HERZHAFT

A lot of thanks to Steve Wisner and Sir Shambling for their invaluable help.

CHICAGO/ The Blues Yesterday/ Volume 20
JO JO WILLIAMS (Joseph Williams), vcl/g; Mojo Buford, hca; Lazy Bill Lucas, pno; Dave Myers, g; Sam Burton, dms. Cicero, Ill. 1959
01. Rock'n'roll boogie
02. Rock and roll can save your soul
03. All pretty women
04. Women's world
05. Davy Crockett's jingle bells
06. You can't live in this big world by yourself
Although the "Chicago ain't " Delmark album says that 05 & 06 are hitherto unissued titles, those two are in fact absolutely similar to 07 & 08 which were issued as an Atmic-H 45.
Jo Jo Williams, vcl/g; Little Smokey Smothers, g; Tommy Reader, a-sax; P.T. Hayes, hca; Elijah Jordan, bs; Robert Whitehead, dms. Chicago, Ill. 1959
07. Afro shake dance
08. You got to be loved
CHICAGO ALL STARS: Johnny Morton, tpt; Sax Mallard, a-sax/clt; Sugarman Penigar, t-sax; Bill Owens, pno; Elmer Ewing, g; Bali Beach, bs; Jump Jackson, dms. Chicago, 27 July 1947
09. Green light (vcl: Johnny Morton)
10. Hey hey big mama (vcl: Johnny Morton)
11. I love you mama (vcl: Sugarman Penigar)
12. No no baby (vcl: Sugarman Penigar)
Chicago All Stars, band. Same or Similar. Chicago, Ill. 26 December 1947
13. Are you getting married brother? (vcl: Cozy Eggleston)
14. Strange strange lover (vcl: Pro Mc Clam)
CLARA MORRIS, vcl; Lonnie Johnson, g; Blind John Davis, pno; Willie Mitchell, bs. Chicago, Ill. 27 March 1941
15. Cry on daddy
16. I stagger in my sleep
17. I'm blue daddy
18. Poker playing daddy
FRANK BUTLER, vcl; Cool Breeze (Joseph Bell), bs; band. Chicago, Ill. 1957
19. I can't believe it
Frank Butler, vcl; band. Chicago, Ill. 1965-66
20. Build a little house for you
21. How I feel about you
22. Someone outside
Frank Butler, vcl; band. Chicago, Ill. 1968
23. So many years
Frank Butler, vcl; band. Chicago, Ill. 1970
24. The love I need
25. If love don't change


dimanche 21 mai 2017

T.V. SLIM (Oscar Wills)

T.V. SLIM


            Bien qu'il ait substantiellement enregistré, T.V. Slim reste un artiste peu documenté. Seul Darryl Stolper l'a interviewé brièvement pour la revue Blues Unlimited en juillet 1968.
            Né Oscar Wills le 10 février 1916 à Houston (Tx), il a appris très jeune la guitare et l'harmonica, influencé autant par les bluesmen locaux que les vedettes du Grand Ole Opry (comme DeFord Bailey) dont il écoutait les programmes à la radio.
            Après divers jobs manuels, c'est pendant son service militaire sur le théâtre du Pacifique durant la guerre que Wills a appris l'électronique et est devenu un expert en réparation des radios et des téléphones. C'est avec son pécule de guerre reçu lors de sa démobilisation et après son mariage avec Carla que Wills se fixe à Shreveport (La) et ouvre son Oscar Wills' Radio Repair Shop sur 1011 Caddo Street, annoncé dans la presse locale (Shreveport Sun) le 19 avril 1947.
            My Dolly Bee sera enregistré par Junior Parker et connaîtra un certain succès commercial. Wills fait ses propres débuts sur disque en 1955 sur son propre label Speed avec The fight/ Darling remember.
Apparemment, Wills joue régulièrement dans les clubs de la ville avec son orchestre les Heart Breakers dont le guitariste est Mighty Joe Young! Il compose surtout des blues aux textes souvent enjoués et originaux qu'il essaie de vendre aux producteurs locaux comme Mira Smith, Cliff Hagen et Stan Lewis.
            Mais c'est avec sa composition très imagée Flatfoot Sam que Wills va connaître un succès personnel important. Il l'enregistre pour le petit label Cliff ( de Hagen) en mai 1957 qui, poussé par le principal producteur de Shreveport Stan Lewis - qui au passage donne à Wills son surnom de T.V. Slim - monte assez vite dans les Hit Parades locaux. Lewis qui est en relation avec Chess depuis longtemps persuade le label de Chicago de reprendre ce morceau. Et le mois suivant, T.V. Slim enregistre une version supérieure à La Nouvelle Orléans, accompagné de l'orchestre de Paul Gayten. Couplé avec l'instrumental Nervous boogie (dans lequel Slim n'apparaît pas), le 45t s'installe dans le Top 100 et Flatfoot Sam sera dès lors enregistré par quantité de musiciens de blues ou de Rockabilly.
            Après son déménagement à Los Angeles où il ouvre son Ideal Music and T.V. Repair Shop, Slim essaiera en vain de retrouver le succès commercial durant la décennie suivante mais ce faisant gravera une belle œuvre essentiellement pour des labels minuscules et surtout pour le sien propre, Speed. Cette discographie est plutôt confuse, dates, lieux (Chicago ou Los Angeles?) et même certains titres (ici en rouge) que personne ne semble avoir jamais entendus. Bien que jouant et enregistrant régulièrement, Oscar Wills a vécu essentiellement de son métier de technicien et la musique n'était qu'une activité secondaire pour lui.
            C'est en rentrant d'un engagement à Chicago que T.V. Slim s'endormira au volant de sa voiture et décédera dans une collision sur une route d'Arizona le 21 octobre 1969.
            Merci à Marc Claes et Steve Wisner pour leur aide. Et merci aussi à l'excellent blog http://shreveportsongs.blogspot.fr pour avoir déniché de rares témoignages locaux sur T.V. Slim.
                                                           Gérard HERZHAFT

            Although he has subtantially recorded, T.V. Slim remains rather ill-documented. Only Darryl Stolper has interviewed him briefly for the Blues Unlimited Magazine in July 1968.
            Born Oscar Wills in Houston, Tx. on February 10th, 1916, our man has learned to play guitar and harmonica at a very young age, under the influence of local bluesmen as well as stars of the Grand Ole Opry like DeFord Bailey that he cited as his first and main influence.
            After several jobs, Wills is drafted during the war years and sent to the Pacific where he will specialize on electronics, fixing radios, telephones and such. And it's with his war savings and after his wedding with Carla that Wills opens in Shreveport (La) his own Oscar Wills' Radio Repair Shop situated on 1011 Caddo Street which is advertised in the local Shreveport Sun newspaper from 19 April 1947!
            He also plays regularly in the clubs all around Shreveport with his own band The Heart Breakers (with Mighty Joe Young on guitar). And Wills composes his own witty songs that he tries to sell to local producers like Mira Smith, Cliff Hagen and Stan Lewis. One of those numbers, My Dolly Bee will reach the charts sung by none other than Junior Parker! Meanwhile, Wills launches his own record label Speed and waxes his first 45 in 1955 (The fight/ Darling remember).
            But this is with his own penned Flatfoot Sam, first recorded for the local Cliff label in 1957, a masterpiece of witty imagery, that Wills is still mostly known. Thanks to the efforts of Stan Lewis who broadcasts his own radio programme, Flatfoot Sam arouses a strong interest in Arkansas, Louisiana and Texas, encouraging the Chess label from Chicago (whom had regular ties with Lewis) to re-record the title, this time in New Orleans with Wills (renamed T.V. Slim by Stan Lewis) backed by the top notch Paul Gayten's band. Coupled with the instrumental Nervous boogie (in which T.V. Slim doesn't appear), the single goes up on the R&B Top 100. Flatfoot Sam will become an all-time blues and Rockabilly classic, recorded by numerous acts and bands and still played a little bit everywhere.
            After he has moved to Los Angeles (in 1959?), opening his Ideal Music and T.V. Repair Shop, T.V. Slim will try to find again but to no avail the commercial success, recording anyway a pretty large number of strong blues for tiny West Coast labels or mostly for his own Speed. His discography remains sometimes hectic with unsure places (Chicago? Los Angeles?), titles and dates. Even some tracks (here in red) seem not having really been issued. It must be said that although playing and recording regularly, the music was just a side business for T.V. Slim who relied mostly on his job of TV technician to make a living.
            But this is when coming back from a Chicago gig that Oscar Wills, falling asleep at the wheel, dies in a car crash on an Arizona road on 21 October 1969.
            Thanks to Marc Claes and Steve Wisner for their help as well as the excellent blog http://shreveportsongs.blogspot.fr which unearthed rare documentation on the one and only T.V. Slim.
                                                           Gérard HERZHAFT

T.V. SLIM
Complete Recordings
T.V. Slim, vcl/g; Mighty Joe Young, g; Eddie Williams, pno; Jimmy White, dms. Shreveport, La. décembre 1955
01. The fight #1
02. Darling remember
T.V. Slim, vcl/g; Eddie Williams, pno. Shreveport, La. juin 1956
03. The fight #2
04. Going to California
T.V. Slim, vcl/g; 2nd vcl; Mighty Joe Young, g; Eddie Williams, pno; Jimmy White, dms. Shreveport, La. mai 1957
05. Flatfoot Sam #1
06. Darling remember 1957
T.V. Slim, vcl/g; Justin Adams, g; Paul Gayten, pno; Robert Parker, t-sax; Red Tyler, b-sax; Frank Fields, bs; Charles Williams, dms. New Orleans, La. juin 1957
07. Flatfoot Sam #2 (Chess)
T.V. Slim, vcl/g; band. Shreveport, La. août 1957
Flatfoot Sam made a bet
Pearly Mae
T.V. Slim, vcl/g; Mighty Joe Young, g; Detroit Jr, pno; Baby Joe Little, bs; Bobby Davis, dms. Chicago, Ill. octobre 1957
08. You can't buy a woman
09. To prove my love
T.V. Slim, vcl/g; band. Los Angeles, Ca. mai 1959
My Dolly B.
Down the line you can't buy my time
10. Don't reach across my plate
11. Your kisses changed me
T.V. Slim, vcl/g; band. Los Angeles, Ca. septembre 1959
12. Flatfoot Sam met Jim Dandy
13. Tired of your cheatin' and lyin'
14. My ship is sinking
My love will never change
T.V. Slim, vcl/g; band. Los Angeles, Ca. 3 janvier 1960
15. My baby is gone
16. Don't reach across my plate (Speed)
T.V. Slim, vcl/g; band. Los Angeles, Ca. 1961
17. Every man needs a woman
18. Dancing Señorita
T.V. Slim, vcl/g; Mighty Joe Young, g; band. Chicago, Ill. 1962
Boogie woogie guitar twist
19. Bad understanding blues
20. The big fight
21. Henpeck Joe
22. Love bounce
23. You can't buy love
24. Hold me close to your heart
T.V. Slim, vcl/g; Sheila Jean Wills, vcls; Mighty Joe Young, g; band. Chicago, Ill. 1962
25. You can't love me
26. Gravy around your steak
27. Mean man
28. Mean woman blues
Dream girl
T.V. Slim, vcl/g; Pete Lewis, g; J.D. Nicholson, pno; band. Los Angeles, Ca. 1966
29. T.V. man
30. Flat foot Sam #3
31. Can't be satisfied
32. Juvenile delinquent
T.V. Slim, vcl/g; band. Los Angeles, Ca. 1968
33. You won't treat me right
34. I'm a real man
T.V. Slim, vcl/g; poss. Don Sugarcane Harris, fdl; band. Los Angeles, Ca. 1968
35. Don't knock the blues
36. My heart's full of pain
37. Rockin' little baby
38. Snake dance



lundi 8 mai 2017

CALVIN FRAZIER/ Complete Recordings



CALVIN FRAZIER: Complete Recordings
(Nouvelle version plus complète)
 

            Des quelques "vrais" compagnons de Robert Johnson, Calvin Frazier est à la fois le plus méconnu et peut-être celui qui a été le plus proche de Robert.
            Calvin naît le 16 février 1915 à Osceola (Ark) de Belle et Van Frazier, deux métayers sur une plantation de coton. La famille compte cinq enfants et, pour des raisons économiques, vient s'installer à Memphis dès 1923. Van travaille dans une fabrique de meubles et son épouse dans une blanchisserie. La famille Frazier est très pieuse et aussi très musicienne. Le père qui chante et est un excellent violoniste, banjoïste, guitariste et bassiste forme un groupe familial de Gospel avec sa femme (qui chante et joue du piano) et tous ses enfants, notamment l'aîné Johnny qui devient très vite un guitariste réputé tandis que Calvin joue de la batterie, de la mandoline et de plus en plus de la guitare sous l'influence du père et du frère aîné. A intervalles réguliers, leur cousin Johnny Shines vient vivre quelques semaines avec eux et participe aux concerts de la famille Frazier.
            Selon Shines, Johnny et Calvin Frazier jouaient aussi le blues dans les rues de Memphis, un duo dans la mouvance de ceux de Frank Stokes/ Dan Sane et qui devient un trio quand Shines vient lui aussi vivre à Memphis.
            Vers 1930-31, le trio a suffisamment de réputation pour avoir des engagements dans le Delta et jusqu'à Helena. C'est là qu'ils font la connaissance de Robert Johnson qui joue dans les rues accompagné de la batterie de Peck Curtis. Robert s'associera dès lors régulièrement aux frères Frazier et à Shines, devenant leur compagnon et ami, animant durant plusieurs années juke-joints, pique-niques, cérémonies privées etc.... A Blytheville, le trio s'adjoint les talents du guitariste Sampson Pittman que Calvin retrouvera plus tard à Detroit. A Memphis, Calvin joue aussi régulièrement avec le célèbre pianiste Speckled Red qui lui apprend plusieurs morceaux qui demeureront à son répertoire (Dirty dozens).
Les évènements se précipitent en 1935 quand une querelle entre Johnny Frazier et son beau-père dégénère en bataille rangée. Johnny meurt d'une balle dans le ventre tandis que Calvin, blessé par le beau-père, a le temps de se réfugier dans sa voiture, d'en ressortir avec un fusil et d'abattre le forcené. Après un court séjour à l'hôpital de Memphis, Calvin choisit de fuir la justice si souvent expéditive du Sud et, en compagnie de Robert Johnson et Johnny Shines, gagne Saint Louis. Le trio de "ruraux" n'y est pas forcément bien accueilli par les musiciens de la grande ville mais réussissent cependant à jouer dans les clubs locaux avec Roosevelt Sykes, Peetie Wheatstraw ou Blind Teddy Darby (qui influencera considérablement le chant de Johnny Shines).
            Les trois bluesmen vont ensuite à Decatur avec l'intention de tenter leur chance à Chicago, ville de toutes les opportunités, mais une rencontre fortuite leur permet un engagement bien rémunéré au Elder Moten Show, un spectacle de Gospel de Detroit. C'est donc dans la ville de l'automobile que Calvin et ses compagnons se trouvent à l'automne 1935. Ils logent chez Frances Dunlap, une cousine de Johnny Shines, que Calvin courtise tout de suite et avec laquelle il se marie. Calvin trouve un job dans l'industrie et décide de s'installer définitivement à Detroit tandis que Johnny Shines et Robert Johnson le quittent.
Calvin - qui a déjà une expérience musicale importante - se fait aisément une place dans la scène bourgeonnante du blues de Detroit, composée de bars, salons de coiffure, clubs, restaurants tout le long d'Hastings Street (le quartier de Paradise Valley).
Entre août et novembre 1938, l'ethnomusicologue Alan Lomax enregistre les communautés d'Américains venus très nombreux dans le Wisconsin et le Michigan depuis les Balkans et l'Europe Centrale. C'est tout à fait par hasard qu'il "tombe" sur Calvin Frazier qui a juste reformé un duo avec Sampson Pittman, retrouvé à Detroit! Lomax, intrigué par les liens entre Calvin et Robert Johnson, enregistre donc Frazier à deux reprises en octobre et début novembre 1938, une série de morceaux complets (les seuls que nous ayons retenus pour ce recueil), de fragments et d'interviews.
            Les années suivantes voient Calvin Frazier jouer de plus en plus fréquemment à Detroit, s'associer avec Big Maceo qui doit l'amener enregistrer en studio à Chicago pour Bluebird. Hélas, Calvin est très malade ce jour-là et ne peut honorer cet engagement qui aurait peut-être changé le cours de sa carrière!
            Cependant, sa réputation de guitariste - de plus en plus moderne et influencé par les guitaristes californiens comme T-Bone Walker - ne cesse de s'amplifier et tous les bluesmen et orchestres de R&B de Detroit se disputent sa participation. Calvin tourne ainsi durant 1946-47 avec la prestigieuse Jungle Five Revue qui l'emmène jusqu'à New York et Montreal. Il est aussi très souvent associé à Baby Boy Warren, à l'orchestre de T.J. Fowler, apprend la guitare à Bobo Jenkins. A partir de 1954, il est un des premiers à utiliser une Stratocaster, ce qui le situe parmi les bluesmen pionniers de ce célèbre modèle!
            Malgré cela, Calvin n'enregistre qu'une poignée de titres sous son nom et essentiellement pour de petits labels très mal distribués de Detroit ou de la ville voisine de Toledo comme JVB, Fortune, Alben...
            Il décède d'une crise cardiaque le 23 septembre 1972 dans sa ville de Detroit, un musicien respecté et souvent admiré par ses pairs mais mal connu au-delà d'un cercle d'amateurs.
            Nous avons réuni ici (et pour la première fois) la totalité de sa courte oeuvre et on peut ainsi apprécier l'évolution de ce musicien, depuis le "nouveau" Delta blues élaboré en compagnie de Shines et Robert Johnson jusqu'aux sonorités jazzy et modernes des années 1950. Cette évolution aurait très probablement été aussi celle de son ami et compagnon si celui-ci avait vécu. En effet, tous les quelques proches compagnons de Johnson (Calvin mais aussi Robert Jr Lockwood et Johnny Shines) ont développé un style moderne dans les années 1940 et 50.
           
            Among the handful of those who "really" lived and played with Robert Johnson, Calvin Frazier is altogether the less known and maybe the closest to Robert.
            Calvin is born on February, 16th, 1915 at Osceola (Arkansas), one of five children of Van and Belle Frazier, a family of sharecroppers. As early as 1923, the Fraziers come to Memphis for better jobs, the father working on a furniture factory and the mother in a laundry. The Fraziers are very religious and also good musicians and they form a Gospel band with Van singing and playing fiddle, banjo, guitar and bass, Belle singing and playing the piano while Johnny, the elder son, is already a fluent guitar player who strongly influences his little brother Calvin. Quite often, one of their cousin, Johnny Shines, comes to live and also plays with them.
            But the Frazier brothers - with quite often Johnny Shines - play also the blues for extra money on the Memphis Streets. Around 1930-31, the trio has enough reputation to play outside Memphis, in Tennessee as well as in the Delta juke joints and in Helena (Ark) where they meet Robert Johnson, playing there in the streets, backed by the drums of Peck Curtis (!). The young men become quickly friends and Robert will very often play with the Fraziers and Johnny Shines at juke joints, parties, picnics and such... In Memphis, Calvin accompanies also the famous pianist Speckled Red who teaches him many of his favorite songs like Dirty dozens.
            In 1935, a family brawl between Johnny Frazier and his father in law turns into tragedy. Johnny is shot dead by his father in law while Calvin, wounded, has just the time to catch a rifle in his car and kill his brother's murderer. After a short stint at Memphis hospital, Calvin chooses not to trust the local justice and, alongside his old partners Robert Johnson and Johnny Shines, takes the road up to Saint Louis. Although those "rural" musicians are not very well greeted by the local accomplished bluesmen they nevertheless play here and there with Roosevelt Sykes, Peetie Whetastraw and Blind Teddy Darby (whose vocals will strongly influence Shines).
            After Saint Louis, the three friends want to go to Chicago seeking  better opportunities but while playing in Decatur they are hired by the Elder Moten Show, a Gospel caravan which needs them for a series of well paid Detroit dates during the fall of 1935.
            While in Detroit, they live at the home of Johnny Shines' cousin Frances Dunlap who some weeks later marry Calvin. Getting a good steady job in a motor plant, Frazier decides to settle in Detroit. For Calvin, it is the end of the road shared with his old friends, Robert Johnson and Johnny Shines who then leave Detroit to return to the South for the winter.
            Calvin who has already a long musical experience becomes easily a favorite of the burgeoning Detroit blues scene, mostly around Hastings Street and Paradise Valley.
            In October 1938, Alan Lomax who was on a recording hunt for local musical traditions from Wisconsin and Michigan (essentially people coming from the Balkans and Eastern Europe) hears about this Detroit bluesman who knew very well Robert Johnson. Lomax then records Frazier accompanied by Sampson Pittman, an old buddy from the South who also now lives in Detroit. Among the musical examples and spoken interviews made by Lomax we have only kept the ten "complete" (or almost) titles recorded during two days in October and November 1938. They are undoubtedly strong examples of a style very close to Robert Johnson's.
            The following years, Calvin plays very often with almost every blues or R&B act in Detroit and his guitar playing is more and more "modern", very influenced by the rising Californian guitar stars like T-Bone Walker. While associated with Big Maceo, Calvin should have recorded in Chicago for the Bluebird label but quite ill this very day he is unable to do the trip! Maybe it would have changed the course of his career?
            During 1946-47, Calvin tours with the Jungle Five Revue and plays his guitar licks up to New York and Montreal. He is also the lead guitarist of Baby Boy Warren, the T.J. Fowler's R&B band, the Jimmy Millner's Rhythm Band, teaches the guitar to Bobo Jenkins.... Early in 1954, he buys himself a Stratocaster, being certainly one of the very first bluesman to play this type of guitar.
            Despite all this, Calvin records only sporadically under his own name and only for very small local Detroit or Toledo labels with poor distribution (Fortune, Alben, JVB...).
            He dies at the young age of 57 from a massive heart attack on September 23d, 1972, a well respected musician, with a strong reputation among his peers but largely unknown outside a small group of blues buffs around the world.
            We have been able to gather here and for the first time everything Calvin Frazier has recorded (two tracks waxed for Fortune with the Jimmy Milner's band have been now unearthed thanks to Steve Milner). Thus we are able to appreciate fully the considerable talent of this very underrated guitarist, how he (like all of the few real Robert Johnson's close associates like Robert Jr Lockwood and Johnny Shines) has evolved from the "new" Delta blues of his Southern years to the jazzy and modern sounds of the late 40's and 1950's. Calvin and Johnson were so close musically that we only can imagine that Robert himself would certainly have followed the same path, if only he could have lived enough.
                                   Gérard HERZHAFT


CALVIN FRAZIER/ Complete Recordings
Calvin Frazier, vcl/g; Sampson Pittman, g. Detroit, Mi. 15-16 octobre 1938
01. This old world is in a tangle
02. I'm in the Highway man
03. Lilly Mae blues
04. Welfare blues
Calvin Frazier, vcl/g; Sampson Pittman, g. Detroit, Mi. 1 novembre 1938
05. She's a double crossin' woman
06. The Dirty dozens
07. Boogie woogie
08. Lilly Mae n°2
09. Blues
10. Highway 51
Calvin Frazier, vcl/g; band Detroit, Mi. 1949
11. Sweet Lucy (Drinking woman)
12. Bebop boogie
Calvin Frazier, vcl/g; Barbara Brown, vcl on *; band. Toledo, Oh. 1951
13. Got nobody to tell my troubles to
14. Rock house
15. Lillie Mae n°3
16. I need love*
Calvin Frazier, vcl/g; T.J. Fowler, pno; Elliot Escoe, tpt; Walter Cox, t-sax; Lee Gross, a-sax; John Murphy, bs; Clarence Stamps, dms. Detroit, Mi. 25 juillet 1952
17. Got nobody to tell my troubles to n°2
18. Little baby child
Calvin Frazier, vcl/g; Jimmy Millner's Blue Rhythm, band. Detroit, Mi. 1952
19. Sweet bread baby
20. Lilly Mae n°4
Calvin Frazier, vcl/g; Washboard Willie, wbd/dms. Detroit, Mi. 1956
21. We'll meet again
22. Lilly Mae n°5
23. Track down
24. Rockhouse
Calvin Frazier, g; band. Detroit, Mi. 1958
25. Have blues, must travel
Calvin Frazier, vcl/g; t-sax; og; Washboard Willie, wbd. Detroit, Mi. 1960
26. 2-2-5 Special I & II

vendredi 28 avril 2017

TEXAS BLUES Volume 4



TEXAS BLUES Volume 4

           
Ce 4ème volume de notre série consacrée au Texas blues s'ouvre sur un personnage bien connu de le scène du R&B de Houston, Gladys Hill (née à De Quincy, La c. 1931- † Houston, Tx en 1976) qui, outre la poignée de 45t qu'elle a enregistrés sous divers noms, a été une des principales DJ's des stations de radio KZEY à Tyler (Tx) avant de participer à KYOK et KCOH à Houston, sous les noms de Dizzy Lizzy, Hotsy Totsy, Zing Zang... ou Grandma Gee Gee. Gladys avait aussi été la chanteuse de l'orchestre de B.B. King en 1953-54, enregistrant alors ses premiers titres. C'est aussi elle qui a mis le pied à l'étrier au bluesman texan Johnny Copeland qui l'accompagne sur plusieurs morceaux. Nous avons réussi à rassembler presque tous (?) les disques qu'elle a gravés autant sous son nom que ceux de Jannie Williams ou Grandma Gee Gee (avec Clifton Chenier).

           
Mildred Jones, (1933-2003) a aussi été la chanteuse de l'orchestre de B.B. King durant plusieurs années à partir de 1958, participant même à la tournée de B.B. en Union Soviétique en 1979. Elle n'a enregistré sous son nom qu'une poignée de 45t mais a été constamment présente dans les clubs chics de Houston et, à l'instar de Gladys Hill, a encouragé de nombreux talents du R&B et du jazz de la ville, tels Louie Carrington, Sonny Freeman, John Browning, Leon Warren et beaucoup d'autres.

            Ola V. Harper n'est jusqu'à présent connue que par un unique et excellent 45t, gravé en 1968 à Houston avec le guitariste Johnny Copeland et produit par Peppermint Harris. Toutes informations la concernant seront les bienvenues.

            Tout aussi mystérieuses, Joe Ann Mitchell et Betty Jean Washington ont aussi enregistré elles aussi de fort bons disques à Houston en 1950 et 1958. Pour elles aussi, toute information serait le bienvenue!

            Enfin, le guitariste/ harmoniciste et chanteur (blanc) de San Antonio Joe Wilson a dirigé les Sabres, un groupe de R&B très populaire durant les années 1958-65 qui a tourné sans discontinuer au Texas et en Oklahoma avec quantité de grands noms du R&B. Nous proposons ici une sélection de ses titres les plus blues.

            Merci pour son aide à Jose Yrrabera.
                                                                       Gérard HERZHAFT

            The well known Houston character Gladys Hill (born De Quincy, La c. 1931 - † Houston, Tx 1976) opens this 4th Volume of our Texas blues series with the handful of 45s she recorded under several names (Gladys Hill, Jannie Williams, Grandma Gee Gee...). But her reputation lied mostly thanks to her numerous pioneering "black" radio programmes she hosted on many Texas radio stations like KZEY at Tyler or KYOK and KCOH at Houston under the DJ nicknames of Dizzy Lizzy, Hotsy Totsy, Zing Zang or Grandma Gee Gee. Gladys had started her musical career being the female singer of B.B. King's band in 1953-54, waxing then her first titles. She also was instrumental in launching the career of many jazz and R&B Houston acts like guitar ace Johnny Copeland who backs her on some of her recordings.

            Mildred Jones (1933-2003) has also been the female singer of B.B. King's band for several years from 1958 to 1979 when she was part of B.B.'s Soviet Union tour. She also recorded only a few tracks under her name but was constantly singing at Houston's best jazz clubs. Mildred - like Gladys Hill - helped a lot of Houston young jazz and R&B talents like Louie Carrington, Sonny Freeman, John Browning, Leon Warren and many others.

            Ola V. Harper, Betty Jean Washington and Joe Anne Mitchell still stand as just names despite the very good singles they have each recorded in Houston. Harper was in the studios in 1968 backed by Johnny Copeland for two titles produced by Peppermint Harris. Joe Ann Mitchell recorded in 1958 for Don Robey. And Betty Jean waxed her only issued single with Pee Wee Crayton. She moved to Los Angeles later and appears on one live track with Chuck Norris on a Route 66 LP. Any infos about them would be most appreciated!

           
And at last we have San Antonio's white R&B singer, guitarist, harp player and bandleader Joe Wilson (with The Sabres) who was extremely popular in Northern Texas and Oklahoma during the years 1958-65, touring constantly with his band and also with a lot of major R&B names. We have selected some of his most bluesy tracks.

            Thanks for his help to Jose Yrrabera.

                                                                       Gérard HERZHAFT


TEXAS BLUES/ Volume 4
GLADYS HILL, vcl; Paul Monday, pno; Joe Scott, tpt; Al Grey, tb; Johnny Board, t-sax; Ray Johnson, bs; Ellis Bartee, dms. Houston, Tx. 1953
01. Please don't touch my bowl
Prison bound
Gladys Hill (as Janie Williams), vcl; Johnny Copeland, g; band. Houston, Tx. 1963
02. I've been true
03. Get up off your knees
Gladys Hill (as Grandma Gee Gee), vcl; Clifton Chenier, acc/vcl; Elmore Nixon, pno; Cleveland Keyes, g; Joe Morris, bs; Robert St Julien, dms. Houston, Tx. 1967
04. Grandma knows best
05. Just keep on scratching
Gladys Hill, vcl; band. Houston, Tx.
06. Gotta have you right now
Talking about love
JOE ANN MITCHELL, vcl; Onzie Horn Orchestra. Houston, Tx. 1956
07. Bad shape blues
08. I'll make it up to you
I'm walking out on you
OLA V. HARPER, vcl; Johnny Copeland, g; band. Houston, Tx. 1968
09. I wanna weep
10. Resisting
MILDRED JONES, vcl; Bill Harvey, t-sax; Joe Scott, tpt; Frank Dominguez, a-sax; Fred Ford, b-sax; Paul Ponday, pno; Johnny Parker, bs; Richie Goldberg, dms. Houston, Tx. 1951
11. It's been a long time
Lovesick girl
Mildred Jones, vcl; Jimmy Vincent, tpt; Pluma Davis, tb; Bob Lasefield, t-sax; Allen Clark, b-sax; Bert Kendrick, pno; Carl Lott, bs; Duke Barker, dms. Houston, Tx. 25 may 1954
12. I'm a business woman
13. Mr Thrill
14. Misused woman
Mildred Jones, vcl; band. Houston, Tx. march 1959
15. Business woman
Almost like being in love
BETTY JEAN WASHINGTON, vcl; Pee Wee Crayton, g; George Sanford's Orchestra. Houston, Tx. 1950
16. Betty Jean's blues
17. Why did you let me go
JOE WILSON, vcl/g/hca; The Sabres, band. San Antonio, Tx. 1960
18. Baby
19. Lost in a dream
20. Fast Slow
21. Fannie Mae
Joe Wilson, vcl/g; The Sabres, band. Dallas, Tx. 1963
22. Summertime
23. Tequila



samedi 8 avril 2017

R.C. SMITH: CLARSDALE BLUES

R.C. SMITH: CLARKSDALE BLUES

           
Robert Curtis Smith, né en 1930 à Cruger (Ms) près de Clarksdale, est une des meilleures découvertes faites par Chris Strachwitz et Paul Oliver durant leur voyage conjoint dans le Sud des Etats Unis en juillet 1960. Un chanteur et guitariste de blues, dans le pur style du Delta, qui compose des morceaux relatant sa vie quotidienne et qui est âgé d'à peine 30 ans! Même pour l'époque, il s'agissait vraiment d'une trouvaille majeure.
            C'est par hasard que Chris et Paul croisent le chemin de R.C. Smith alors qu'il discutait avec son ami Wade Walton dans le petit salon de coiffure que ce barbier/ bluesman tenait dans le quartier noir de Clarksdale. Après que Wade eut impressionné ses visiteurs exotiques de quelques morceaux à la guitare, à l'harmonica et surtout en battant le rythme avec une lame et la sangle de rasoir de sa boutique (un "truc" qu'il rééditera devant chacun de ses visiteurs de plus en plus nombreux au fur et à mesure des années), R.C. a à son tour interprété quelques morceaux avec la guitare de Wade (il avait mis la sienne au clou pour payer les cadeaux de Noel à sa femme et à ses huit enfants)
            D'emblée, Oliver et Strachwitz décident d'enregistrer les deux compères. Smith ne grave que quelques titres et c'est l'année suivante en juillet 1961 qu'il peut s'exprimer sur un album entier qui sortira pour Bluesville, un des meilleurs LP de ce label, avec notamment quelques très grands moments personnels comme le désespérant Council Spur blues. Malheureusement le label Bluesville n'a jamais brillé par sa distribution et l'album sorti presque en catimini à une époque où le blues revival n'était que balbutiant ne se vend qu'à quelques dizaines d'exemplaires!
            A part quelques dollars bienvenus, le disque ne rapporte rien du tout à R.C. Smith qui retourne à sa métairie, conduisant un tracteur pour un salaire misérable. Il confiera être très fier qu'un seul de ses enfants soit décédé! Vers 1969, il abandonne le blues pour la religion, quitte ensuite le Mississippi dans les années 1970 pour une meilleure vie à Chicago.
            Son superbe disque – malheureusement devenu très rare et jamais réédité ni en LP ni en CD – intrigue cependant le cercle des amateurs de Delta blues un peu partout dans le monde, en particulier le fondateur de Living Blues Jim O'Neal qui, grâce à Wade Walton, réussit à le retrouver en 1997 et à le faire monter sur scène (sans doute sa seule apparition en concert) durant le Sunflower blues festival. Mais Smith doit regagner Chicago et élude donc l'idée d'enregistrer l'album que veut O'Neal.
            L'année suivante, Matthew Bock tombe sur lui un peu par hasard tandis qu'il dirige une congrégation dans le South Side de Chicago, continuant à jouer de la guitare et à chanter, mais cette fois uniquement des gospels. La voix est devenue un peu plus rauque mais sa musique religieuse semble aussi pleine de vigueur et d'inspiration que les blues qu'il avait enregistrés près de 40 ans avant! Il enregistrera cinq nouveaux titres.
            R.C. Smith décède en novembre 2010 à Chicago.
            On ne peut que regretter que ce talent qu'on devine d'importance au vu de ses quelques disques n'ait pu davantage figurer dans les festivals de blues et fréquenter davantage les studios. But anyway this is the real story of the blues!
                                                           Gérard HERZHAFT

            Robert Curtis Smith, born in Cruger, Ms near Clarksdale in 1930, is certainly one of the best discovery made by Chris Strachwitz and Paul Oliver during their July 1960 blues trip in the Deep South. Here was a blues singer in his early 30's playing the guitar in the true Delta style who also wrote personal lyrics about his everyday life! Even for the 1960's he was a major find and he should certainly have enjoyed concerts, records and international recognition.
            Chris and Paul crossed the path of R.C. Smith while he was chatting with his old friend Wade Walton in Wade's barbershop situated in Clarksdale's "colored" quarter. Wade was mentioned as an old-styled bluesman by several people, leading Oliver and Strachwitz to his shop. After Wade had impressed his exotic visitors in singing and playing the guitar and harmonica and moreover playing his razor strap (a gimmick he would do again umpteenth times for visiting bluesfans from all around the world during the next decades, including yours truly!), R.C. also mentioned he was able to play and sing the blues even he had no guitar of his own at that time (he had to put his guitar at the pawnshop the previous year to be able to buy Christmas gifts to his children and he hadn't been able to buy it back).
            Paul and Chris decided at once to record the two hitherto unknown bluesmen. R.C. Smith recorded only four titles and he had to wait the following year to make a whole album which would be issued on the Bluesville label, certainly one of the best (and much sought after) of these series with some striking numbers like the hopeless Council Spur blues. Unfortunately the Bluesville label was very poorly distributed and Smith's LP sold only a handful of dozens (I was once told less than a hundred!)
            Smith grabbed only a handful of dollars from this record and nothing else happened: no gigs, no more records, nobody coming to see him! R.C. was still living precariously and when asked decades after he said his main pride was to have raised his large family with only one lost child! Around 1969, he gave up entirely the blues for the church and at the end of the 1970's he left Mississippi for Chicago, becoming a fulltime preacher.
            His great LP - unfortunately very hard to find after the mid-60's and never reissued on CD - had nevertheless gained the worldwide blues buffs' attention and it had the indefatigable energy of Jim O'Neal (founder of Living Blues and then relocated in Clarksdale) to at last (and thanks to Wade's tip) find Reverend R.C. Smith in Chicago during 1997. Thanks to O'Neal, R.C. made his first and only stage appearance at the Sunflower blues festival. Jim hoped to record R.C. but it never materialized.
            The following year Matthew Bock crossed R.C.'s path by chance and made him record five new titles, only Gospel numbers, delivered with the same feeling and energy R.C. had 40 years before!
            R.C. Smith died in Chicago in November 2010.
            We can only have regrets this excellent bluesman had not been more on the focus. He probably was able to make strong appearances in big festivals like Newport, the AFBF and others also record more great LPs and become an important name of the blues revival.
            But sadly it's anyway and so usually the story of the blues!
                                                           Gérard HERZHAFT

R.C. SMITH
The Complete Recordings
R.C. Smith, vcl/g. Clarksdale, Ms. 24 July 1960
01. Stella Ruth
02. Going back to Texas
03. Lonely widower
04. Lost love blues
R.C. Smith, vcl/g; Sam Moore, dms. Clarksdale, Ms. 28 July 1961
05. Please don't drive me away
R.C. Smith, vcl/g. Clarksdale, Ms. 28 July 1961
06. Rock me mama
07. I believe we love each other
08. Put your arms around me
09. Catfish blues
10. I hate to leave you
11. Council Spur blues
12. I feel so good
13. I'm going away
14. Ain't that lovin' you baby
15. Get a real woman
16. See my chauffeur
17. Sunflower River blues
18. Katy Mae blues
19. Goody goody
20. Can you remember me?
R.C. Smith, vcl/g. Chicago, Ill. 1998
21. The Lord will make a way somehow
22. Lye Water conversion
23. Thank you
24. Calvary

25. Milky white way